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Prix négatifs : comment garder un projet solaire rentable quand l'électricité de midi ne vaut plus rien

Les heures de prix négatifs se multiplient, presque toujours en milieu de journée. Pour un projet solaire, la question n'est plus seulement combien il produit, mais quand et pour qui.

Faroe7 min de lecture

Une zone d'activité vue du ciel : des toitures déjà équipées et une toiture encore libre.

Fin 2025, la France comptait 30,4 GW de panneaux solaires, dont 5,9 GW posés dans l'année1. Le solaire a produit 32,9 TWh en 2025, soit 6 % de l'électricité du pays2. Cette réussite a un revers : à midi, aux beaux jours, il y a souvent trop d'électricité, et son prix devient négatif. Pour un projet solaire, ce n'est plus un détail.

Des prix négatifs de plus en plus fréquents

Le marché de l'électricité a connu 147 heures de prix négatifs en 20233, puis 352 heures en 2024 et 513 heures en 20254. Au premier semestre 2026, on en comptait déjà 407, soit environ 10 % du temps5.

Ces heures tombent presque toujours en journée : plus de 90 % d'entre elles entre 8 h et 20 h, surtout entre 11 h et 17 h6. Elles se concentrent au printemps, en particulier autour des ponts de mai, quand le soleil est fort et la consommation faible ; un épisode dure en moyenne cinq heures7. La cause est simple : la production bas carbone dépasse alors la demande5.

Conséquence directe : en 2025, le prix capté par une centrale solaire qui ne s'arrête jamais était 32 % inférieur à celui d'une production constante sur 24 heures6. Et 1,6 TWh d'électricité solaire n'ont pas été produits en 2025 parce que les installations se sont arrêtées pendant les prix négatifs8.

513 hDe prix négatifs sur le marché français en 2025, contre 147 h en 2023
32 %De valeur en moins en 2025 pour une centrale solaire qui ne s'arrête jamais, comparée à une production constante
1,6 TWhD'électricité solaire non produite en 2025 pendant les prix négatifs

Sources : RTE ; Commission de régulation de l'énergie.

Ce que prévoient déjà les contrats

Complément de rémunération

Pour les installations qui vendent sur le marché avec un complément versé par l'État, aucun complément n'est payé pendant les heures de prix négatifs. En contrepartie, une prime compense l'arrêt de la production, après une franchise de 15 heures par an pour le solaire6.

Obligation d'achat

Depuis mi-avril 2026, l'acheteur peut demander l'arrêt des installations de plus de 10 MWc sous obligation d'achat9. Un arrêté de juillet 2026 abaisse ce seuil à 5 MWc à partir du 1er décembre 2026, puis à 1 MWc le 1er mars 202710.

Petites toitures

Depuis l'automne 2025, le tarif d'achat sur bâtiment ne concerne plus que les installations jusqu'à 100 kWc ; au-delà, il faut passer par un appel d'offres. Depuis juin 2026, vendre toute sa production n'est plus possible : seul le surplus est acheté, à 11 € par MWh, et uniquement quand le prix du marché est positif ou nul11.

Ce qui se discute cet automne

Le projet de budget 2027 prévoit d'étendre l'arrêt aux heures de prix négatifs à des installations plus petites : le seuil serait fixé par arrêté, sans descendre sous 100 kW, au plus tard fin 2027. L'arrêt serait indemnisé entre 90 et 100 % du revenu perdu, et la prime versée pour les heures de prix négatifs dans les contrats de complément de rémunération existants pourrait baisser de 10 % au plus12. La commission des affaires économiques de l'Assemblée a supprimé l'article qui contient cette mesure, mais ce vote n'est qu'un avis : l'Assemblée vote le budget le 17 novembre13.

Dans le même temps, le gouvernement veut encourager le stockage. Il a annoncé que, d'ici fin 2026, un site solaire équipé d'une batterie pourra installer jusqu'à 25 MW au lieu de 17 MW, à condition de ne jamais injecter plus de 17 MW sur le réseau14. Les règles d'implantation des batteries doivent être clarifiées d'ici le 1er décembre 202615.

Cinq leviers pour un projet

  1. Consommer sur place. Un kWh consommé par le bâtiment évite d'acheter un kWh au réseau ; un kWh vendu en surplus rapporte très peu, voire rien à midi. L'autoconsommation collective progresse aussi : on comptait 1 945 opérations actives fin mars 202616.
  2. Déplacer la consommation. Le système électrique pousse déjà dans ce sens : d'ici fin 2027, les petits clients qui ont une option heures creuses (jusqu'à 36 kVA) auront au moins deux heures creuses en milieu de journée l'été, entre 11 h et 17 h17.
  3. Stocker. Le prix des batteries a fortement baissé : en 2025, un système clé en main coûtait en moyenne 117 $ par kWh dans le monde, en baisse de 31 % sur un an, et 177 $ en Europe18. Pourtant, une vingtaine seulement des quelque 1 500 projets retenus aux derniers appels d'offres solaires avaient une batterie6.
  4. Accepter de s'arrêter. Quand le prix est négatif et l'arrêt compensé, ne pas produire ne coûte rien. 7,4 GW d'éolien et de solaire sous obligation d'achat peuvent désormais s'arrêter dans ces moments5.
  5. Prévoir le cas dans les contrats de vente directe. Le modèle de contrat proposé par la filière prévoit que le producteur s'arrête dès que le prix devient négatif, ou passe sous un seuil fixé par l'acheteur, avec une compensation à définir entre les parties19.

Ce que ça change pour choisir ses sites

Pendant longtemps, un bon projet solaire, c'était d'abord un grand toit bien exposé. C'est toujours nécessaire, mais plus suffisant : la valeur d'un projet dépend désormais de qui consomme l'électricité, et quand. Les bâtiments qui tournent en journée, comme les commerces, les entrepôts frigorifiques, les sites industriels ou les établissements de santé, deviennent les meilleures cibles.

Le bon projet solaire n'est plus seulement un grand toit bien exposé : c'est un toit au-dessus d'un site qui consomme à midi.

Dossier à jour au 24 octobre 2026. Les règles évoluent vite : vérifiez chaque situation avec un conseil spécialisé avant de décider.

Sources

  1. Agence ORE, panorama de l'électricité renouvelable au 31 décembre 2025
  2. Connaissance des énergies, la production électrique bas carbone de la France atteint un maximum historique en 2025
  3. CRE, analyse et recommandations sur les prix négatifs, 26/11/2024
  4. RTE, bilan électrique 2025, chiffres clés
  5. RTE, bilan électrique du premier semestre 2026, 16/07/2026
  6. CRE, note sur le photovoltaïque et le stockage, 05/03/2026
  7. Connaissance des énergies (AFP), « Les prix négatifs, effet collatéral de l'abondance électrique », 07/06/2026
  8. RTE, bilan électrique 2025, principaux résultats
  9. CRE, délibération n° 2026-135 sur l'arrêt des installations sous obligation d'achat, 02/07/2026
  10. Les Énergies Renouvelables, prix négatifs : ce qui change dès décembre 2026, 27/07/2026
  11. Banque des Territoires, soutien au petit photovoltaïque sur bâtiment, 2026
  12. L'Echo du Solaire, budget 2027 et arrêt en prix négatifs dès 100 kW, 06/10/2026
  13. Les Énergies Renouvelables, la baisse rétroactive du tarif solaire recule avant un vote en novembre, 21/10/2026
  14. pv magazine France, dérogation pour les installations solaires avec stockage jusqu'à 25 MW, 16/10/2026
  15. Gossement Avocats, clarification des règles d'implantation des batteries d'ici le 1er décembre 2026, 20/10/2026
  16. Les Énergies Renouvelables, 320 nouvelles opérations d'autoconsommation collective au premier trimestre 2026
  17. CRE, questions-réponses sur les heures pleines et heures creuses, 06/02/2025
  18. Energy-Storage.news, prix des systèmes de stockage par batteries en 2025, 16/12/2025
  19. France Renouvelables, clausier de contrat de vente directe d'électricité, octobre 2025

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